Industrie : le Maroc détrône l’Afrique du Sud et prend la tête du continent
Jeudi 28 mai 2026 à 13:37

Le Maroc devient la première puissance industrielle d’Afrique et redessine la carte économique du continent.

Selon l’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation de l’Afrique publié par la Banque africaine de développement (BAD), le Maroc s’impose désormais comme la première économie industrielle du continent. Porté par une stratégie industrielle ambitieuse, des infrastructures de classe mondiale et des secteurs à forte valeur ajoutée, le Royaume devance l’Afrique du Sud et confirme son rôle croissant dans les chaînes de valeur mondiales. Une performance qui consacre plusieurs années de transformation économique, tout en mettant en lumière les défis liés à l’intégration africaine et à la diversification des marchés.

Pendant longtemps, la hiérarchie industrielle africaine semblait immuable. L’Afrique du Sud dominait le classement, tandis que le Maroc, l’Égypte et la Tunisie occupaient les places suivantes. L’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation de l’Afrique, dévoilée par la Banque africaine de développement (BAD) à Brazzaville, marque cependant un tournant majeur : le Maroc s’impose désormais comme la première économie industrielle du continent.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Cette progression n’est pas le résultat d’un basculement soudain. Elle est l’aboutissement d’une transformation engagée depuis plusieurs années, grâce à la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, portée par une stratégie industrielle structurée, une montée en gamme progressive des filières productives et une diversification continue des exportations.

Le Royaume a ainsi consolidé des secteurs à forte valeur ajoutée tout en renforçant son attractivité auprès des investisseurs internationaux.

À l’inverse, l’Afrique du Sud, longtemps considérée comme la locomotive industrielle du continent, voit son avance s’éroder. Les difficultés énergétiques persistantes, la perte de compétitivité de certaines filières manufacturières et le recul de l’attractivité économique ont pesé sur sa position.

L’indice de la BAD, qui évalue 54 pays africains à travers plusieurs critères liés à la performance industrielle, aux infrastructures, au capital humain, au financement et à la stabilité économique, dresse toutefois un constat nuancé.

Si une majorité de pays africains ont amélioré leur score depuis 2010, l’industrialisation du continent demeure fragile. L’Afrique reste encore faiblement représentée dans la production manufacturière mondiale et sa capacité à transformer localement ses ressources demeure limitée.

Dans ce contexte, la performance marocaine apparaît comme un signal fort. Elle confirme l’émergence d’un modèle industriel plus intégré, fondé sur des secteurs exportateurs solides. Elle rappelle également l’ampleur du défi continental : transformer les progrès nationaux en une véritable dynamique industrielle africaine.

La diversification constitue l’un des principaux moteurs de cette montée en puissance. Le Maroc ne repose plus sur un nombre limité de secteurs traditionnels. Il a progressivement construit un tissu industriel articulé autour de l’automobile, de l’aéronautique, des phosphates, de l’électronique, du textile et de l’offshoring.

L’automobile, un secteur porteur

Devenu le premier secteur exportateur du pays, l'automobile a placé le Maroc parmi les plateformes de production les plus compétitives à destination du marché européen. Le développement du port Tanger Med a renforcé cette dynamique en offrant au Royaume un levier logistique majeur et une connexion directe aux grandes routes commerciales internationales.

L’aéronautique, un pilier stratégique

Autour de Casablanca, Nouaceur et Tanger, un écosystème industriel performant s’est structuré grâce à la présence de grands groupes internationaux. Ce secteur confirme la capacité du Maroc à attirer des investissements à forte valeur ajoutée et à s’intégrer dans des chaînes de production mondiales exigeantes.

Groupe OCP, un rôle central

Acteur majeur des phosphates et des engrais, il poursuit une stratégie d’expansion industrielle et de décarbonation, avec des investissements importants destinés à renforcer ses capacités de production et à accompagner la transition vers une industrie plus durable.

Cette accumulation de relais industriels explique en partie la place occupée par l’Afrique du Nord dans le nouveau baromètre de l’investissement industriel africain. Portée notamment par le Maroc et l’Égypte, la région concentre une part importante des investissements industriels du continent et s’affirme comme l’un des principaux espaces de recomposition productive.

L’avantage marocain repose également sur sa position géographique. À proximité immédiate de l’Europe, le Royaume a su transformer sa situation en atout économique. Dans un contexte de réorganisation des chaînes de valeur mondiales, marqué par la recherche de proximité, de résilience logistique et de réduction de l’empreinte carbone, le Maroc apparaît comme une plateforme de production et d’exportation particulièrement attractive.

Pour les grands constructeurs automobiles, le Royaume n’est plus seulement un marché régional. Il est devenu une base industrielle tournée vers l’export, capable de combiner compétitivité, stabilité, infrastructures performantes et accès rapide aux marchés européens.

Des infrastructures rarement égalés sur le continent

Cette stratégie est soutenue par un réseau d’infrastructures rarement égalés sur le continent : le port Tanger Med, la ligne à grande vitesse Al Boraq, les projets portuaires de Nador West Med et du port Dakhla Atlantique, l’extension des capacités aéroportuaires ainsi que le développement de zones industrielles spécialisées. L’objectif est clair : faire du Maroc un hub industriel et logistique reliant l’Europe, l’Afrique et les Amériques.

Mais ce modèle conserve certaines fragilités. La première réside dans sa forte exposition aux marchés extérieurs, notamment européens. Lorsque la demande ralentit en Europe, certains secteurs marocains, comme l’automobile, l’électronique ou l’équipement électrique, peuvent être directement affectés.

Le second défi concerne la faiblesse du marché africain en tant que débouché industriel. Malgré la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les échanges intra-africains demeurent limités. Pour le Maroc comme pour d’autres économies du continent, les marchés européens et américains restent encore les principaux moteurs de la demande.

Le diagnostic de la BAD dépasse ainsi le seul cas marocain. L’Afrique ne manque plus nécessairement de stratégies industrielles. Le véritable enjeu réside désormais dans leur mise en œuvre : continuité des politiques publiques, accès au financement, infrastructures fiables, énergie compétitive, formation du capital humain et gouvernance efficace.

Le Maroc illustre ainsi à la fois une réussite et un défi. Sa trajectoire démontre qu’une politique industrielle cohérente peut produire des résultats tangibles. Mais pour inscrire cette avance dans la durée, le Royaume devra réduire sa dépendance aux marchés extérieurs, renforcer son intégration économique africaine et poursuivre la montée en gamme de son appareil productif.

 

Source : Yousra El Aouiri
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