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  • Préparé par : Basmae Mrani
DÉCRYPTAGE. Animaux errants au Maroc : amendes, abandon, nourrissage… ce que change la loi n°19.25
Mardi 18 août 2026 à 09:35

Signalement obligatoire, interdiction de nourrir soi-même les animaux errants, centres dédiés à la capture et à la stérilisation, carnet sanitaire pour chaque animal domestique, amendes pouvant grimper jusqu'à 25.000 dirhams... La loi n°19.25, promulguée le 28 juillet 2026 et publiée au Bulletin officiel le 10 août 2026 (Dahir n° 1.26.55), rebat entièrement les cartes de la gestion des animaux errants au Maroc. La loi organise donc une responsabilité à plusieurs niveaux propriétaires, centres de prise en charge, collectivités locales et acteurs autorisés chacun devant rendre des comptes dans le cadre de ses missions respectives.

Décryptage d'une loi qui concerne aussi bien les propriétaires d'animaux que les riverains excédés par la présence de chiens et chats dans leur quartier.

Longtemps réclamée par les associations de protection animale comme par les habitants confrontés à la prolifération des chiens et chats errants dans les villes du Royaume, une nouvelle législation est désormais en vigueur. La loi n°19.25 instaure un cadre juridique complet, articulé autour de quatre piliers : la prise en charge des animaux errants, la lutte contre leur prolifération incontrôlée, la protection contre la maltraitance, et l'encadrement strict des propriétaires d'animaux domestiques.

Un « animal errant » selon la loi n°19.25 

Le texte donne une définition précise : est considéré comme errant tout animal qui se trouve, de façon temporaire ou permanente, dans un espace public sans surveillance ni contrôle de son propriétaire ou de son gardien. Cette définition englobe non seulement les rues et places publiques, mais aussi les immeubles d'habitation collectifs et tous les lieux ouverts au public.

Un signalement désormais encadré, via une plateforme numérique

Fini le bouche-à-oreille ou les plaintes informelles auprès des communes : la loi prévoit un mécanisme de signalement lorsqu'un animal errant représente un danger pour sa propre santé ou pour la sécurité des citoyens. Ce signalement pourra être effectué via une plateforme électronique spécialement créée à cet effet, censée fluidifier le traitement des dossiers par les autorités locales.

Interdiction de nourrir ou soigner soi-même un animal errant : gare à l'amende !

C'est l'une des dispositions les plus commentées du texte. Désormais, il est "interdit à tout particulier d'héberger, de nourrir ou de soigner un animal errant dans un espace public". Cette mission relève exclusivement des centres de prise en charge prévus par la loi.


Concrètement, une personne qui donnerait à manger à un chat de quartier ou hébergerait temporairement un chien errant blessé s'expose à "une amende comprise entre 500 et 2.000 dirhams". Une mesure qui vise à éviter la multiplication de points de nourrissage informels, souvent pointés du doigt comme facteurs de regroupement et de reproduction incontrôlée des animaux errants.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Le rôle central des centres de prise en charge

Pièce maîtresse du dispositif, les centres de prise en charge se voient confier une mission large : capturer les animaux errants, les ramasser, les transporter, les accueillir, les identifier, vérifier leur état de santé et leur comportement, les nourrir, les soigner, les vacciner et les stériliser. Ils sont également chargés de réduire la souffrance des animaux qui ne peuvent être guéris.

Selon les cas, ces centres peuvent aussi "remettre certains animaux en liberté" dans leur milieu de vie d'origine ou dans un autre endroit adapté, ou encore les proposer à l'adoption. Leur mission ne s'arrête pas là : ils doivent aussi mener des actions de sensibilisation auprès des citoyens sur la protection animale et sur la prévention des maladies transmissibles de l'animal à l'homme, comme la rage.

Sur le terrain, les communes pourront s'appuyer sur des associations, à condition que celles-ci soient légalement constituées, disposent des ressources humaines et financières nécessaires, justifient d'une expérience et de compétences avérées dans ce domaine, et que leur intervention soit formalisée par une convention signée avec la commune concernée.

L'euthanasie, une option encadrée et non systématique

Sujet sensible s'il en est, l'euthanasie n'est pas la règle mais reste prévue dans deux cas précis par la loi : "lorsqu'un animal souffre d'une maladie ou d'une infirmité incurable, ou lorsqu'il représente un danger pour la santé d'un autre animal". Dans tous les cas, "l'euthanasie doit obligatoirement être réalisée sous la supervision d'un vétérinaire", ce qui exclut toute pratique arbitraire ou non médicalisée.

L'adoption, gratuite ou payante, sous conditions

Bonne nouvelle pour les amoureux des animaux : la loi ouvre officiellement la voie à l'adoption. Les centres peuvent remettre un animal à toute personne souhaitant le prendre en charge, à condition de vérifier que les conditions prévues sont respectées et que le futur adoptant est réellement en capacité de s'occuper de l'animal. Cette adoption peut être gratuite ou payante, selon les modalités fixées localement.

Une base de données numérique pour tracer chaque animal

Autre nouveauté technologique du texte : la création d'une "base de données numérique dédiée aux animaux errants". Elle permettra d'attribuer un numéro d'identification à chaque animal pris en charge, d'enregistrer les mesures prises pour sa protection, et de savoir à tout moment quel centre en a la responsabilité. Cette base sera alimentée et mise à jour directement par les centres.

Intervention exceptionnelle des autorités

La loi prévoit également un dispositif d'exception : lorsqu'un animal errant représente une menace pour l'ordre ou la sécurité publique, les autorités locales peuvent intervenir directement, à charge pour elles d'en informer immédiatement les services de la commune concernée.

Ce qui change pour les propriétaires d'animaux domestiques

Le texte ne s'arrête pas aux animaux errants : il impose aussi de nouvelles obligations aux propriétaires d'animaux de compagnie.

- Déclaration obligatoire : chaque propriétaire doit désormais déclarer son animal via une plateforme électronique dédiée et disposer d'un carnet sanitaire pour chaque animal possédé.

- Numéro d'identification permanent : une fois la déclaration effectuée, l'animal reçoit un numéro d'identification que le propriétaire doit veiller à lui faire porter en permanence.

- Changement de propriétaire : toute cession doit être déclarée dans un délai maximum de "24 heures".

- Mise à jour des informations : le propriétaire est tenu d'actualiser les données concernant son animal, notamment en cas de décès ou de maladie grave.

- Perte de l'animal : La perte doit être signalée dans un délai maximum de "3 jours". Si l'animal est retrouvé, la mise à jour doit également intervenir dans les trois jours.

- Animal retrouvé en centre : si un animal perdu, placé dans un centre, est identifié comme déclaré, le centre doit en informer immédiatement le propriétaire. Ce dernier dispose alors de "10 jours" pour venir le récupérer, tout en réglant les frais de prise en charge engagés durant son séjour. Passé ce délai, l'animal est officiellement considéré comme "abandonné".

- Volonté de se séparer de son animal : un propriétaire ne peut plus abandonner son animal dans la nature. Il doit obligatoirement le déposer dans un centre de prise en charge, contre remise d'un récépissé, le centre se chargeant ensuite de mettre à jour son dossier.

Le volet répressif : un barème de sanctions nettement renforcé

C'est sans doute le chapitre le plus attendu de la loi n°19.25 : celui des sanctions. Le législateur a voulu frapper fort contre la maltraitance tout en responsabilisant davantage les propriétaires d'animaux.

- Maltraitance animale : tuer volontairement un animal errant, le torturer ou lui infliger des blessures est puni de "2 à 6 mois de prison" et d'une "amende de 5.000 à 20.000 dirhams" ou de l'une de ces deux peines seulement. Précision importante : cette sanction ne s'applique pas à l'euthanasie pratiquée conformément à la loi.

- Nourrir, soigner ou héberger un animal errant dans l'espace public : amende de 500 à 2.000 dirhams.

- Abandon volontaire d'un animal dans l'espace public : amende de 10.000 à 20.000 dirhams

- Non-déclaration de la perte d'un animal ou absence de mise à jour des informations le concernant : amende de 5.000 à 10.000 dirhams.

- Non-respect des mesures exigées après un décès ou une maladie grave de l'animal, une fois le propriétaire informé via la plateforme ou par l'administration : amende de 5.000 à 15.000 dirhams

- Défaut de mise à jour des informations, non-dépôt de l'animal en centre en cas de volonté de s'en séparer, ou non-port permanent du numéro d'identification : amende de 1.000 à 10.000 dirhams.

- Centre autorisé qui ne prévient pas le propriétaire d'un animal déclaré retrouvé : amende de 10.000 à 25.000 dirhams.

- Centre autorisé qui ne met pas à jour les informations concernant un animal abandonné : amende de 5.000 à 15.000 dirhams.

- Est puni d'une amende de100 000 à 500 000 dirhams quiconque crée ou exploite un centre de prise en charge des animaux errants sans avoir obtenu une autorisation.

- Est puni d'une amende de 50 000 à 100 000 dirhams tout centre de prise en charge des animaux errants autorisé conformément à l'article 18 de la présente loi qui :

•    Exerce ses activités sans la supervision d'un vétérinaire 
•    Omet d'enregistrer ou de mettre à jour les données relatives aux animaux errants dans la base de données 
•    Ne procède pas à la déclaration préalable de la cessation de ses activités, en violation des dispositions

Enfin, la loi prévoit un principe dissuasif : en cas de récidive, toutes les peines prévues sont doublées, qu'il s'agisse des amendes infligées aux particuliers ou de celles visant les centres autorisés.

Maltraitance : jusqu'à 6 mois de prison

Au-delà des amendes administratives, le texte prévoit un véritable volet pénal destiné à lutter contre les violences infligées aux animaux errants. Le fait de "tuer volontairement, torturer ou blesser un animal errant" est puni de "2 à 6 mois d'emprisonnement" et d'une "amende de 5.000 à 20.000 dirhams",  la loi laissant au juge la possibilité de ne prononcer que l'une de ces deux sanctions. Comme rappelé plus haut, l'euthanasie pratiquée dans le respect des conditions fixées par la loi échappe à cette qualification.

Les principales amendes à retenir

Pour s'y retrouver rapidement dans ce nouveau barème, voici les montants clés à connaître :

- 500 à 2.000 DH : pour avoir nourri, soigné ou hébergé un animal errant dans un espace public, en dehors du cadre prévu par la loi.

- 1.000 à 10.000 DH : pour plusieurs manquements liés à la mise à jour des informations sur l'animal, au dépôt dans un centre lorsqu'un propriétaire souhaite s'en séparer, ou au port permanent du numéro d'identification.

- 5.000 à 10.000 DH : pour le propriétaire qui ne déclare pas la perte de son animal ou ne met pas à jour les informations le concernant.

- 5.000 à 15.000 DH : pour certains manquements liés aux mesures à prendre après le décès ou une maladie grave de l'animal.

- 10.000 à 20.000 DH : pour l'abandon volontaire d'un animal dans l'espace public.

- 5.000 à 20.000 DH, assortis de 2 à 6 mois de prison : pour avoir volontairement tué, torturé ou blessé un animal errant, dans les conditions prévues par la loi.

Sur le plateau d'Alternatives sur MEDI1TV : la loi confrontée au terrain

Au-delà du texte de loi, c'est aussi la question de son application concrète qui agite le débat public. Sur le plateau d'Alternatives, diffusée sur notre chaîne MEDI1TV le 18 juillet 2026, nos intervenants sont revenus sur la genèse, les zones de friction et les défis de mise en œuvre de la loi n°19.25 entre nécessité juridique, réalités budgétaires et sensibilités culturelles.

Un cadre juridique resté figé depuis près d'un demi-siècle 

Pour Ahmed Tizi, président du groupe PAM à la Chambre des représentants, l'urgence de réformer ne faisait aucun doute : le seul texte encadrant jusqu'ici les rapports entre les Marocains et les animaux errants remontait à un Dahir royal de 1977. Près de cinquante ans plus tard, il devenait selon lui indispensable de doter le pays d'un cadre légal adapté aux réalités de 2026.

« La seule loi qui réglait le comportement de l'humain vis-à-vis des animaux, c'était en 1977, un Dahir royal. En 2026, on doit avoir une loi qui règle comment se comporter vis-à-vis des animaux errants. »

Le nourrissage en rue, un point de crispation

L'interdiction de nourrir les animaux errants dans l'espace public, l'une des mesures les plus discutées de la loi, a suscité un net désaccord entre les invités. Ahmed Tizi a défendu la logique du texte : donner à manger à un animal errant n'est pas interdit en soi, mais doit se faire chez soi ou dans le cadre d'une adoption formelle, plutôt que de nourrir un animal livré à lui-même dans la rue, ce qui favorise selon lui sa reproduction incontrôlée. 

« Donner de la nourriture c'est important, mais il faut le faire chez soi... Si tu as envie d'adopter un chat ou un chien, tu l'adoptes en bonne et due forme. Mais ce n'est pas la peine de lui donner de la nourriture dans la rue et le laisser errer pour qu'il se multiplie. »

Une position à laquelle Salima Kadaoui, fondatrice du Sanctuaire de la faune de Tanger, a opposé un argument culturel et religieux : nourrir un animal affamé relève, selon elle, d'un réflexe profondément ancré dans les pratiques sociales et religieuses marocaines un geste qu'une partie de la population continuera, selon elle, à accomplir quoi qu'il arrive.

« C'est dans notre religion, c'est une partie de ce qu'on fait : tu vois un animal qui a faim, automatiquement tu lui donnes à manger. Les 5 % de la population qui nourrissent les animaux dehors, c'est plus fort qu'eux, ils vont continuer à le faire. »

Un effort budgétaire de 280 millions de dirhams 

Bachir Thiam, rédacteur en chef à MEDI1TV, a rappelé l'ampleur de l'engagement financier de l'État pour accompagner la mise en œuvre du texte : le ministère de l'Intérieur aurait mobilisé 280 millions de dirhams pour la création des centres d'accueil et l'organisation de la collecte des animaux errants, avec trois centres déjà opérationnels à Agadir, Casablanca et Salé. 

« Il y a eu 280 millions de dirhams qui ont été posés sur la table par le ministère de l'Intérieur pour les centres d'accueil et la collecte des animaux... Trois centres sont déjà opérationnels à Agadir, Casablanca et Salé. »

Un soutien jugé nécessaire par Ahmed Tizi, qui a souligné que la prise en charge des animaux errants reste une compétence communale, mais que la majorité des communes marocaines ne disposent pas, à elles seules, des moyens humains et matériels suffisants pour gérer une population estimée à environ 4 millions d'animaux — d'où la nécessité d'un appui de l'État central.

« La prise en charge effective est une compétence communale, mais les communes marocaines n'ont pas toutes les moyens humains et matériels de prendre en charge ce nombre de 4 millions d'animaux. C'est pour cela que l'État intervient. »


La fin des méthodes d'abattage, une rupture assumée

Ahmed Tizi a également insisté sur le changement de paradigme opéré par la loi en matière de traitement des animaux : aux anciennes pratiques d'abattage par arme à feu ou par des méthodes jugées brutales, la nouvelle législation oppose désormais une répression pénale claire, avec jusqu'à six mois de prison et 20.000 dirhams d'amende pour quiconque tue un chien errant. 

« Dans le temps, qu'est-ce que les gens faisaient ? Ils abattaient les chiens par fusil ou par des méthodes horribles... La nouvelle loi réprime tout acte qui tue un chien avec jusqu'à 6 mois de prison et 20 000 dirhams d'amende. »

Salima Kadaoui a de son côté défendu la méthode dite TNVR (capture, stérilisation, vaccination, identification puis remise en liberté) comme alternative éthique à l'abattage, une approche qu'elle considère comme la véritable solution durable au phénomène.

« On nourrit les chiens errants, on devient leurs copains, on les emmène chez le vétérinaire, on les stérilise, on les vaccine, on les identifie avec une boucle et on les remet dans leur territoire. C'est ça la vraie solution. » 

Coupe du Monde 2030 : simple calendrier ou véritable déclic ?

Interrogé sur le timing du texte, à quelques années de l'organisation de la Coupe du Monde 2030 au Maroc, Ahmed Tizi a tenu à couper court aux accusations d'opportunisme : la loi n'a pas été conçue pour l'événement sportif, mais pour répondre à un besoin structurel des Marocains eux-mêmes. Si l'échéance mondiale a pu accélérer le calendrier législatif, il a rappelé que le Maroc de 2026 n'est plus, selon ses termes, celui d'il y a dix ans.

« Est-ce que cette loi est faite pour 2030 ? Non, c'est pour les Marocains ! Si la Coupe du Monde 2030 accélère le sujet, c'est une bonne chose, mais le Maroc de 2026 n'est plus le Maroc d'il y a 10 ans. »

 

Un texte qui redessine la relation entre les Marocains et les animaux errants

En combinant volet sanitaire, volet répressif et volet numérique, la loi n°19.25 ambitionne de sortir la question des animaux errants de la seule logique d'abattage ou de tolérance passive, pour la faire entrer dans un cadre de gestion structuré, traçable et responsabilisant aussi bien pour les autorités et les centres agréés que pour les propriétaires d'animaux eux-mêmes. 

Reste désormais à voir comment ce dispositif sera concrètement déployé sur le terrain, notamment à travers la mise en place effective des centres de prise en charge et de la plateforme numérique promise par le texte.

Affaire à suivre….

Source : Basmae MRANI
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